segunda-feira, 15 de março de 2010

Da Mortificação, da Dor e da Morte



"Bien souvent, parce que nous avons souffert, parce que nous souffrons, parce que nous nous sentons fondamentalement menacés, humiliés aussi peu-têtre, voire persécutés et outragés, nous ne savons plus reconnaître la vie comme un don. Un don qui n'exige pas que nous nous sachions en dette et voués à une impossible et interminable quête de ce qui la lèverait enfin, qui n'attend pas que nous nous acquittions de notre position de débiteur par quelque tribut payé- par exemple, et singulièrement, la souffrance- qu'il ne nous situe dans l'être comme celui ou celle qui, avant tout, avant toute pensée et tout engagement de sa part, a reçu. Comme celui ou celle qui, quelque part dans la chaîne des générations, a été élu pour en faire partie, pour recevoir le nom qui l'éveillera à la conscience de soi et à l'appel à vivre, dans ce corps, parmi d'autres, parmi les siens.
Mais bien souvent, en raison des épreuves, ou de notre ingratitude tou simplement, nous posons cependant des conditions à la vie pour l'aimer comme d'aucuns posent des conditions à leurs proches por leur concéder quelque amour. Bien souvent enfin nous prenons prétexte de la souffrance pour accuser la vie: elle ne répond pas à l'attente que nous avons d'elle et nous la rejetons, comme si le mal qui est le nôtre suffisait pour décréter que c'est la vie, en son essence de vie, qui est le mal. (...) Certes il ne s'agit pas ici de plaider la cause de la souffrance même si d'aucuns savent y puiser des forces, mais tout simplement de constater qu'il n'est pas indigne de l'homme de souffrir et que cette conjonction ne doit pas annuler, sous peine autrement de nous pétrifier, le sentiment que la vie est un don, mais un don sans garantie."

Catherine Chalier

Qu'en est-il de la souffrance tout d'abord? de la totale impréparation où nous sommes si souvent devant elle? Qu'en est-il de la douleur humaine, qu'elle soit physique ou morale, qu'elle s'empare de notre corps ou qu'elle mutile notre âme?
Quelles que soient ses modalités, il semble que la souffrance place devant une impasse: celle de devoir supporter ce qui, précisément, est insupportable. Elle accule, en effet, à une vigilance sans repos, à une insomnie qui tient en échec les velléités de se mettre à l'abri, de s'épargner la dure rencontre avec une vie qui résiste à l'espérance que nous mettions en elle. Souffrir, c'est nécessairement se voir privé de protection, de havre, loin de l'amertume et des tribulations de l'être. Le tourment de la souffrance expulse en effet des lieux sécurisants où un sujet se dit "chez soi", séparé des atteintes du monde par toute l'épaisseur de ses propriétés: il commente, bien plutôt, le paradoxe cruel d'une impossibilité de s'installer dans l'être tout en y étant condamné. Telle une absurde logique qui aommanderait de prendre place là où, précisément, nulle place n'a chance de se dessiner. Et telle cette nécessité de supporter l'insupportable et, bientôt, l'inéluctable, en quoi consiste une vie exposée à la souffrance, soumise au mal de sa propre et essentielle vulnérabilité.
Dans la souffrance, dans sou "pâtir pur", la conscience se heurte à la fatalité d'être sans même pouvoir compter sur l'issue de se faire chose pour oublier. Toujours dejà le réveil débusque et déloge qui croyait avoir trouvé quelque asile, quelque rémission fût-ce en soi, dans le profond d'un sommeil qui se voudrait sans rêve, comme si, même ainsi, on ne pouvait abandonner la lassitude d'être, cette lassitude qui prime parfois l'angoisse devant la mort. ( ...) Toute souffrance enferme dans l'instantanéité d'un présent sans issue, puisque même du repli dans le sommeil la conscience sortira pour retrouver la "sueur froide" d'une existence à laquelle elle ne peut échapper. Elle tend à occuper tout le champ de l'existence, à envahier totalement, à s'imposer absolument comme ce qui ne tolère ni divertissement ni pause. Et c'est précisément en quoi elle est tragique, en quoi elle commente, indéfiniment, l'impasse absurde d'une existence rivée- contre son gré- à elle-même et à sa vulnérabilité irrédimée".


"La vue dogmatique et classique qui consiste à assimiler souffrance et culpabilité, à postuler sans cesse de bonnes raisons au mal du prochain, principalement dans le cadre des théodicées, de leur volonté d'innocenter Dieu et de rendre acceptable la souffrance, mais aussi le jugement abrupt et péremptoire- fût-il parfois celui d'un diagnostic ou d'un prognostic- qui décide du sens à donner aux plais toujours à vif de la souffrance, doivent retenir l'attention pour ce qu'ils laissent percevoir des sentiments de qui en exhibe les certitudes. Car les mots qui accusent- Job n'a-t-il pas comis quelque faute, quelque iniquité?-, ceux aussi qui promettent quelque récompense future et, sur un autre registre, ceux qui enferment sans espoir dans les catégories de la nosographie et l'inflexibilité d'un destin, non seulement ne sont pas des mots qui soignent, qui portent secours et aident à vivre quand même, en dépit du face-a-face avec l'intolérable, mais ils déclarent trop souvent fermées les portes de la compassion. (...) Lorsque les amis de Job tentent d'expliquer et de justifier sa souffrance, voire de le convaincre de sa valeur rédemptrice, il est manifeste qu'ils décident de tenir à distance le spetacle insoutenable d'un homme meurtri, humilié et anéanti. (...) Or tous ces essais d'éxplication, et a fortiori de justification, de la douleur du prochain ne sontt-ils pas "la source de toute immoralité", la source de l'endurcissement dans l'indifférence de l'un pour l'autre, dans l'inhumanité? Car tous ses essais, en fin de compte, ratifient l'idée couramment admise que nul n'a titre pour questionner mon droit d'être. Pas même celui qui souffre. Et excellentes sont alors toutes les raisons qui, intégrant la douleur à un ordre significatif, dispensent de toute interrogation sur le bien-fondé de ce droit, renvoient la mauvaise conscience qu'on peut avoir face au scandale de la souffrance du prochain à la pathologie.


(...) Si, tout d'abord, l'idée d'un accompangnement de l'autre dans sa souffrance ne paraît pas réellement pertinente, c'est qu'elle dit à la fois trop et trop peu. Trop si elle laisse entendre que nous pouvons aider l'autre au point de suivre pas à pas son trajet, en rythmant totalement notre démarche au rythme de la sienne, en accordant notre cadence à celle de son souffle et en nous proposant de le soulager en portant avec lui sa souffrance. Car n'est-ce pas oublier alors que l'Autre, parce qu'il est Autre justement, n'est jamais à la mesure de notre conscience, que celle-ci, malgré toute sa bonne volonté, "est toujours en retard au rendez-vous du prochain" (Lévi Valense, Les niveaux du Mal) ?



"La carresse du consolateur qui effleure dans la douleur ne promet pas la fin de la souffrance, n'annonce pas de compensation, ne concerne pas, dans son contact, l'après du temps économique: elle a trait à l'instant même de la douleur qui alors n'est plus condamné à lui-même, qui entraîne "ailleurs" par le mouvement de la caresse, se libère de l'étau du "soi-même", se trouve de l'air frais, une dimension et un avenir. (...) Des bras serrés autour de soi, ça soulage. On pourrait presque croire que ça va mieux quelquefois. Une minute d'air respirable"


Marguerite Duras, La Douleur


"Le judaïsme pense à cette bonté quand il rapelle que l'un des noms du Messie est Menahem, consolateur: celui qui prend sur lui les souffrances d'autrui pour l'en soulager, lui rendre courage, celui qui, tel le serviteur souffrant dont parle le prophète ( Isaías, 53), expie pour l'autre. Le Messie serait donc celui qui porte les peines du monde. Mais s'il vaut la peine de méditer sur ce nom, ce n'est peut-être pas dans l'attente de la venue de quelque homme qui arrête le cours de l'histoire, c'est plutôt parce que 'chacun doit agir comme s'il était le Messie'. Le messianisme étant 'mon pouvoir de supporter la souffrance de tous(...) L'instant où je reconnais ce pouvoir et ma responsabilité universelle'. (...) la juste souffrance en moi pour la souffrance injustifiable d'autrui".


"Il ne s'agit plus désormais que d'offrir à l'autre toute la bonté qui est en nous (...). On voudrait être un baume versé sur tant des plaies".

Etty Hillesum, jovem judia holandesa sacrificada em Treblinka.


"L'énigme de l'autre se creuse et s'accuse avec le mystère de sa mort prochaine, elle se scelle comme telle avec sa mort accomplieavec ce qui excède toute parole. Souvent, aux derniers moments, l'autre apparaît lointain, "une fatigue surnaturelle se montre dans son sourire, celle d'être arrivé à vivre jusqu'à ce moment-ci", et bientôt il semble inaccessible, au-delà des vanités sans doute, des préocupations étroites et quotidiennes, mais aussi, et douloureusement pour ceux qui restent, au-delà des soucis les plus légitimes et les plus beaux, détaché déjà. Certes l'intensité du temps vécu alors est grande, comme si la proximité de la mort pesant de toute sa menace et de toute son irréversibilité aidait, parfois bien tard, à sentir le prix du temps et des choses. A dècouvrir le chemin des mots qui jamais ne furent dits, à révéler les gestes que la pudeur retint. Comme si, lorsque la marge de l'attente s'amenuise, quand les projets d'être se consument aussitôt ébauchés, quand s'impose l'imminence d'un bouleversement absolu de la vie, l'homme retrouvait le sens du caractère précieux et unique de chaque instant, comme s'il avait enfin le temps. Et c'est sans doute dans cette évidence d'être appelé à porter jusqu'aux confins de la mort fidélité et amour que chacun découvre, mieux que jamais, l'unicité de l'autre, son être fragile et irremplaçable. Que chacun sait que la mort invisible à laquelle il fait face est aussi son affaire, qu'elle le regarde très personnellement".

Catherine Chalier.

quarta-feira, 10 de março de 2010

Questions

1 • The synagogue of Satan
What does the term “Apocalypse” mean? Who is the author of the Book of Revelation, said to be by John of Patmos? When was it written? In what historical context? What was the Christians’ relationship to the Empire at the time? How did the different Christian groups get along together? What is hidden behind the mysterious “synagogue of Satan”?

2 • The Great Fire of Rome
With Jesus crucified for being king of the Jews around the year 30 in Jerusalem, how was Christianity able to become the religion of the Roman Empire? Where does the name “Christians” come from? Why did Nero accuse the Christians of setting fire to Rome in 64? Were they the real culprits or wrongly accused? Why is Revelations the most anti-Roman text in the whole New Testament?

3 • The Blood of Martyrs
What problems do the Christians cause for the Romans in the early 2nd century? What is the Christians’ attitude when they are arrested? Why does Ignatius of Antioch ask to be torn apart by beasts? What is the difference between Jewish martyrs and Christian martyrs? Can the martyrdom stories be considered a kind of pornography? What is the historical interest of these accounts? Should they be read as the earliest Christian propaganda?

4 • The Inheritance Battle
How do the Pagans see the Christians? Why is there such a mutual lack of understanding? What purpose do the apologies sent to the emperors serve? Why does Justin engage in a dialogue with the Jew Trypho around 160? Does the Christian interpretation of the Bible render the Jewish interpretation obsolete? Are the Christians “the True Israel”?

5 • The New Covenant
Why, from the 2nd century on, do the Christians feel the need to constitute a specifically Christian body of literature? Why is there a New Testament? What are the criteria that make it possible to separate what is orthodox from what is heretical? What is the crucial role Marcion plays around 140? Why does he imagine there being a Christian God and a Jewish God?

6 • The Great Heresy
Why have certain forms of Christianity disappeared? How can gnosis be defined? Does it contain secret revelations on the order of the universe? Why is it so hard to find traces of this movement that was widespread throughout the Empire? Did gnosis pose a serious threat to the Church?

7 • Against the Christians
How does Christianity gain ground in the Empire? Why do Pagan intellectuals fight against Christianity? Where does monotheism stand in the 3rd century? Why do the emperors Decius and Valerian suddenly begin persecuting Christians? How can they avoid being put to death? What are Diocletian’s reasons for starting “the Great Persecution”?

8 • The Conversion of Constantine
How and why did the emperor Constantine convert to Christianity during the Battle at the Milvian Bridge in 312? Was it a sincere personal decision or politically motivated? What were the advantages of converting? Though he chose Christianity, did Constantine continue to believe in the Sun God? Was the covenant between the Church and the Empire inevitable?

9 • The Council of Nicaea
Was Constantine truly a Christian? Why does he keep a close watch over internal Church affairs? Why does Constantine order the Council of Nicaea to be held? Who attends the Council? What issues are debated? Is there a divine hierarchy between the Father and the Son? How was this theological problem solved? Are echoes of Nicaea still perceptible today?

10 • The City of God
What advantages do the Christians benefit from by allying themselves with Roman power? What are the consequences of Theodosius’s decision in the late 4th century to make Christianity the state religion of the Empire? Why is the sacking of Rome in 410 an unfathomable catastrophe?

11 • Christianity Year Zero
When can the beginning of Christianity be dated? Should it be when Jesus is born? When he dies? When a mixed community of Jews and Pagans is created? At the time of Constantine’s conversion? When Theodosius decrees Christianity to be the Empire’s official religion? Or at another date? What measures does Theodosius take to impose Christianity? Do the Pagans accept the new religion? Who are the Christians’ main enemies: Jews or heretics?

12 • After the Apocalypse
How has a tiny Jewish sect that was turned toward Israel and living in the expectation of the End of Time become the religion of the West? Why does the phrase Alfred Loisy wrote a century ago, “Jesus announced the Kingdom and was the Church that came,” still create uproar? Why is it that the Jewish origin of Christianity is still unacceptable to many?



http://archives.arte.tv/special/corpus/ftext/3textes.htm#


http://en.wikipedia.org/wiki/Lucius_Nereparampil

segunda-feira, 8 de março de 2010

Da Graça




"Le corps carressé épanouit la main. Au poing manque la caresse; manque, également, la plume. La plume entr'ouvre la main.

La main s'ouvre au vocable, s'ouvre à la distance.(...)

"Toujours cette image
de la main et du front,
de l'écrit rendu
à la pensée.

Tel l'oiseau dans le nid,
ma téte est dans ma main.
L'arbre resterait à célebrer,
si le désert n'était partout.

Immortels pour la mort.
Le sable est notre part
insensée d'héritage.

Puisse cette main
où l'esprit s'est blotti
être pleine de semences.

Demain est un autre terme"


Edmond Jabès, La mémoire et la main


http://www.youtube.com/watch?v=ciKBrKVqfSw&feature=related

Do maná: A palavra justa




"(...) Au chapitre 16 de l'Exode, tout Israël campe dans le désert et dejà le voici qui lance ses premières réclamations:


"Tous ceux de la communauté des fils d'Israël murmùrent contre Moïse et contre Aaron dans le désert. Les fils d'Israël leur dirent: que ne sommes-nous morts de la main de Dieu au pays d'égypte quand nous étions assis près du chaudron de viande, en mangeant pain à satieté, tandis que vous nous avez fait sortir vers ce désert, pour faire mourir de faim toute cette foule!"


Alors Dieu dit a Moïse:


"Voici que, Moi, Je vais faire pleuvoir des cieux du pain pour vous: le peuple sortira et en ramassera chaque jour ce qu'il faut pour le jour, afin que Je l'éprouve pour savoir s'il marchera selon Ma Loi ou non!"


Un peu plus loin, auxs versets 13, 14 et 15:

"Et le matin, il y eut une couche de rosée autour du camp. La couche des rosée s'éleva et voici qu'à la surface du désert il y eut une mince croûte, mince comme le givre sur la terre. Les fils d'Israël le virent et se dirent l'un à l'autre: man-hou ( qu'est-ce?) car ils ne savaient pas ce que c'était..."


Et plus loin encore, verset 31:

"La maison d'Israël l'appela du nom de manne. C'était comme une graine de coriandre blanche, et elle avait le goût d'une galette au miel".


La manne est littéralement la question, le questionnement: "Qu'est-ce?" Le "refus de la manne" peut donc se traduire par un refus du questionemment: la faute, c'est ce refus.
La violence, de manière générale, est le refus de poser encore et encore les questions. La violence, c'est considérer que nous avons dejà un savoir sur l'Autre, sur le monde. Le refus du "qu'est-ce?" est aussi refus de la sagesse, Hokhma: mot qui après une "lecture aux éclats" se lit koah-ma ( force du "quoi"?). De même la pensée se dit: mahachava:hachav-ma; penser "le quoi". La pensée est toujours- doit toujours être un penser de la question, un questionner. Non pas questionner pour questionner, démarche arbitraire, mais occurrence remarquable, événement. (...) La question surgit pour déranger l'être dans sa quiétude, dans l'évidence du "tout est normal", dans le fait de considérer que "tout est réglé". Elle est la prise de conscience de la necessité du passage de la "parole parlée" à la parole parlante". Le ma ou la manne est l'atttitude interrogative primordiale, originaire, que fait de l'homme un Homme: Adam-Ma, passage de l'homme pré-historique à l'homme historique.

Le questionner ne porte pas sur une question particulière, ne porte pas sur un sur. Le questionner ne s'intéresse pas d'abord à l'objet, mais avant tout à l'homme qui interrogue. Je questionne, c'est-à-dire je me questionne, je me dérange. Le questionement est un mouvement où l'on se dérange, mais jamais pour rien. "Questionner c'est rompre, c'est établir un-dedans et un-dehors". Dehors, c'est à dire, hors de l'ordre. "Nous allons au-delà de ce qui est à l'ordre du jour. Nous questionnons par-delà le courant et le "dans-l'ordre" qui est bien ordonné dans la vie quotidienne.

Cette attitude interrogative est celle du Hakham, l'homme "problématique", cet "homme qui ne cesse de vivre, de voir, de soupçonner, d'espérer, de rêver des choses extra-ordinaires..." L'Homme-ma est le Hakham: celui-ci ne vise nullement la sagesse et l'état de sage, car il refuse le terme, tout terme. (...) Implicitement, cette attitude exprime le refus d'un savoir absolu et le refus de considérer que la valeur suprême réside dans la conscience-de-soi. L'homme qui possède la hokhma/koah-ma est un Talmid-Hakham- un "disciple-philosophe"- et pour lui l'état final, celui d'un savoir absolu, n'existe pas; le "Maïtre" a toujours un coté "disciple": une possibilité d'entrer dans le questionnement. D'une certaine manière, à la question "que suis-je", il faut répondre "je ne suis pas, parce que je ne serait jamais".

Marc-Alain Ouakin, L'éloge de la caresee



"La vérité en tant que tenir pour vrai, que se fixer sur un il en est ainsi définitivement établi et décidé ne saurait constituer ce qu'il y a de suprême dans la vie, parce que ceci revient à nier sa vitalité, sa volonté d'aller par-delà elle-même, son devenir. Restituer à la vie ce qu'elle a de vivant pour qu'elle devienne un "devenant" en tant que devenir et ne soit pas seulement en tant qu'étant, c'est-à-dire ne demeure fixée comme quelque chose de donné une fois pour toutes".


Heidegger, Colóquio sobre Nietzsche.


"Il n'y a pas de geste de l'autre remémorable en un récit. Si l'au-delà de l'essence est venu à la parole, c'est comme "vérité persécutée", lorsque fut reconnu, pour être aussitôt ( et nécessairement) ramené à l'ontologie, un sens ( une signifiance) faisant exception à la vérité. Si l'histoire ( de la vérité) de l'être est close, si le sol de la pensée s'est effondré, alors il est maintenant possible de reconnaître ces percées. Percée de l'autre qui se fai sans horizon parce qu'elle vient à la pensée antérieument à tout horizon. C'est cette anteriorité qui fonde la nouveauté irréductible de cette parole qui pourtant ne peut se faire entendre dans le discours du même sans retourner sous l'horizont de l'onto- ( théo)-logie. Parole qui ne vient jamais au jour du paraître mais se réserve dans son insinuation même jusque dans ces percées".


Michel de Certeau, La fable mystique.


"L'Infini ne peut se concrétiser en un terme, il contéste sa propre présence. Dans son superlatif inégalable, il est absence, au bord du néant. Toujours il fuit. Mais il laisse le vide, une nuit, une trace où son invisibilité visible est visage du Prochain. Ainsi, le Procahin n'est pas phénomène ne se résout pas en présentation et apparoir. Elle est ordonné à partir de l'absence où s'approche lInfini; à partir de son Non-Lieu; elle est ordonnée dans la trace de son propre départ; à ma responsabilité et à mon amour que- par-delà la conscience- elle obsède. Trace toute chaude encore, comme la peau de l'autree. Dans la proximité, la peau n'est ni contenant, ni protection d'un organisme, ni pure et simple surface d'un être, mais nudité, présence délaissée par un départ, exposée à tous et dès lors, aussi- infidèle à soi- en faillite, mais aussi livrée aux choses, contaminée, profanée, persécutée- fautive et misérable. (...) La forme plastique du visage, en tant que signe appartenant au dévoilement de l'être, se double d'un débordement: le visage est visitation. "Sa présence consiste à se dévêtir de la forme qui cependant le manifeste comme un être qui ouvre la fenêtre où sa figure pourtant se dessine". (...) Tel est le visage (...), point où l'éphiphanie se fait proximité".


Marc Faessler, citando Emanuel Levinas em L'intrigue du Tou-Autre

segunda-feira, 1 de março de 2010

Notas

"Il lui est ( Heidegger) arrivé de penser à partir de l'évangile et de la théologie chrétienne; mais toujours en évitant le massif hébraïque, qui est l'étranger absolu par rapport au discours grec, il évite la pensée éthique avec ses dimensions de relation à l'autre et à la justice (...) et ne reconnaît pas sa différence radicale avec la pensée ontologique. Cette méconnaissance me semble parallèle à l'incapacité de Heidegger de faire le "pas en arrière" d'une manière qui pourrait permettre de penser adéquatement toutes les dimensions de la tradition occidentale. La tâche de penser la tradition chrétienne par un "pas en arrière" n'exige-t-elle pas qu'on reconnaisse la dimension radicalement hébraïque du christianisme qui est d'abord enraciné dans le judaïsme et seulement après dans la tradition grecque?"

Paul Ricoeur, Heidegger et la Question de Dieu


"Heidegger a entrepris dans son oeuvre une réinterprétation de tous les grans penseurs de l'histoire de la philosophie depuis les présocratiques jusqu'à Nietzsche en passant par Kant- Spinoza excepté. Lacune? Oubli conscient? "

David Banon, La lecture infinie

"Le comprendre lui-même doit être consideré moins comme une action de la subjectivité que comme une insertion dans le procès de la tradition où se médiatisent constamment le passé et le présent".


Hans-Georg Gadamer, Verdade e método.


"(...) l'essentiel de la pérégrination de K. ne consiste pas à aller de lieux en lieux, mais d'une exégèse à une exégèse, d'un commentateur à un commentateur, à écouter chacun d'eux avec une attention passionée, puis à intervenir et à discuter acev tous selon une méthode d'examen exhaustif qu'il serait facile de rapprocher de certains tours de la dialectique talmudique..."

Maurice Blanchot, L'entretien infini


"Tout se passe comme s'il fallait passer par la tradition pour dépasser la tradition tout en sachant que passer par la tradition(...) c'est ne pas prendre sa conscience pour la mesure du texte, mais la confronter à celle de tous ceux qui ont lu. (...) La tradition ne se renouvelle que là où, au préalable, elle est reçue".


Catherine Chalier, Judaïsme et Althérité.



... assim, sem Adão, Isaac, Mitra e Osíris não existiria Jesus Cristo: toda obra- de arte, de fé ou de demiurgia dramático-cosmogônica, como em São Paulo e Wagner, é um palimpsesto.

Da contração: o mais belo dos contratos





"O Ser, esta partícula que fez uma tão bela carreira no vazio"

Paul Valéry.


"O presente não presente é o ausente. Enquanto tal, ele permanece essencialmente relativo ao presentemente presente, seja pelo fato deste se prestar a eclodir nesta clareira, seja ao se distanciar desta. O ausente também é presente, e presente na abertura sem retração. O passado e o futuro também são presentes. (...) Para o vidente, todo presente e todo ausente são reunidos e salvaguardados em uma única presença; enquanto ausente se ausentando para fora da clareira, ele é".

Martin Heidegger, Por que os poetas?


"Selon la tradition la lumière du premier jour avait un tel éclat qu'Adam pouvait, grâce à elle, contempler le monde d'un bout à l'autre. "Mais quand le Saint, béni soit-Il, observa la génération du déluge et celle de la séparation des langues, Il constata que leur conduite était perverse; Il décida donc de leur cacher la lumière: 'pour que les méchants soient privés de lumière, et que le bras qui se lève soit brisé' ( Jb, 38, 15). Pour qui la réserve-t-Il? Pour les justes qui en jouiront dans le monde à venir. La lumière serait ainsi préservée du regard des créatures, trop pure et trop éclatante, elle témoignerait- par son absence- de leur indignité. Seuls les justes, les "craignants-Dieu", pourraient espérer en contempler la vie. Seuls ceux qui répondraient aux exigences de ce qui reste de la lumière originelle et qui la garderaient.
Plus radicalment encore, et plus mystérieusement, la doctrine du tsimtsoum du cabaliste, Isaac Louria, donne-t-elle à penser le sens de l'absence de lumière à l'aube même de la création. Pourquoi en effet fallait-il, fût-ce le temps d'un insaisissable instant, que la terre soit tohu et bohu, désolée et envahie par les ténèbres? Pourquoi cette préexistence de l'obscurité et du silence? Isaac Louria répond en méditant, dans un langage mythologique dont le sens symbolique ou littéral fait question, la necessité pour Dieu de se contracter en lui-même pour que soit le monde.'Le premier acte n'est pas un acte de révélation, mais un acte de limitation. C'est seulement dans le second acte que Dieu envoie un rayon de sa lumière et commence sa révélation, ou plutôt son déploiement, comme Dieu Créateur, dans l'espace primordial de sa propre création'. Chaque étape de celle-ci réitérerait ainsi ce double processus d'une lumière qui revient d'abord à Dieu- pour laisser place aux choses et aux êtres- et d'une lumière qui jaillit de Dieu pour éclairer les créatures. 'Sans cette tension perpétuelle (...) rien n'existerait dans le monde' ( Gershon Scholem). Sans ce moment où s'absente la lumière et se tait la parole, rien ni personne ne pourrait émerger à l'être. L'obscurité et le silence- le retrait de Dieu en lui-même- seraient la condition de l'existence d'un monde, même si, ensuite, celui-ci se devait appeler sur lui la lumière et la parole divines pour advenir à la plénitude de sa destination".

(...)Car seules l'humilité du fléchissement de l'être, la mise au silence du trop-plein de ses paroles et de ses murmures, la tenue à distance enfin de l'accaparement par soi-même, permettraient l'égard envers cet Autre dont l'homme a reçu l'être, elles prépareraient en outre l'accueil de ce que nul ne peut se donner à lui-même: un nom et une singularité indéclinable.
Ce tsimtsoum de l'homme répondrait en fait, si l'on poursuit ici les analyses d'Isaac Louria, à celui de Dieu: il imiterait ce mouvement par lequel Dieu, se rétractant en lui-même, fit place au monde et à ses créatures. Ce dénuement divin appellerait ainsi une attitude similaire du cêté de l'homme pour que leur rencontre soit possible. Le vide tracé par le fléchissement de l'être, par son abaissement, serait, en realité, l'offrande d'un lieu à l'Autre."

Catherine Chalier.
Um único insight teológico, seja para o protestantismo, o judaísmo, o Deus absconditus medieval... o Infinito e o finito não podem se confrontar face a face; é-lhes interrdito o encontro/afrontamento fenomenológico de consciências, sob pena do finito finir mal.. daí a necessidade de que Deus saia de cena, para que a creatura seja. Mas podemos laicizar esta bela metáfora- que nada mais é do que a represnetação do jogo amusant entre presneça e ausência, Ser e Nada, presente tanto na Criação do mundo quanto na criação destes mundos particulares que são as obras de arte e os filhos-, e ver nas encruzilhadas do tempo- deste óbulo miraculoso ofertado a todos os mortais- este jogo de esconde-esconde, de retração e desvelamento. Não é nisto, nesta laicização de um princípio teológico, que consistem basicamente os pensamentos de Nietzsche e Heidegger? Pensamentos que perspectivam o tempo sob o viés de uma seara cosmogônica e labiríntica, em que a transcendência se dá não mais verticalmente- de baixo para cima, do Criador à criatura-, mas horizontalmente, históricamente, do passado para o futuro para o presente, e vice-versa? ?
Um outro insight, agora meu: a figura do vidente, citada por Heidegger na epígrafe acima... por que o vidente- Tirésias- pode prever o futuro, e por que esta foi uma invenção típicamente grega, os gregos, que é o que nos interessam, a nós ocidentais, tataranetos deles?? Porque o futuro já é um presente. E um passado já contém um futuro, como o o ventre ao filho e a elegia ao morto.

quinta-feira, 25 de fevereiro de 2010




"S'il y a un monde où, cherchant la vérité, et des règles de vie, ce que l'on rencontre, ce n'est pas le monde, c'est un livre, le mystère et le commandement d'un livre, c'est bien le judaïsme, là où s'affirme, au commencement de tout, la puissance de la Parole et de l'Exégèse, où tout part d'un texte et tout y revient, livre unique dans lequel s'enroule une suite prodigieuse de livres, Bibliotèque non seulement universelle, mais qui tient lieu de l'univers et plus vaste, plus profonde, plus énigmatique que lui".

Maurice Blanchot, L'entretien infini.



Acho que já escrevi isso aqui: um texto é uma superfície de signos que remete sempre a outros textos para ser compreendido, constituindo assim uma cadeia infinita ( circularmente infinita) de implicações, reelaborações, cristalizações. Nesse sentido, tudo é texto: uma obra de arte, um corpo, objeto de nossos afetos ( era Albertine quem eu ia à beira do mar de Balbec, em sua bicicleta? não, eram todas as suas amiguinhas, e a própria cidade de Balbec, com seu cassino e minha iminente partida para Paris).